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Archive pour la catégorie « litterature »

De l’inhibition

De l’inhibition

Passions que les envies assiègent
D’élans brisés qui se morfondent
Et se consument comme un cierge
Dans la droiture pudibonde ;

Flamme éteinte au vent pernicieux
Des plaisirs ne trouvant d’issue
Que dans le vide licencieux
Et les frustrations du refus ;

Carcan morale qui s’embrase
Au bûcher de la tentation
Dans la volupté sans emphase,
Des supplices flagellations ;

Défloraison des appétences
Fanées sur l’autel des valeurs,
Cultivant la résipiscence,
Sous les serres où germent les peurs ;

Assouvissement solitaire
D’une libido réprimée
En une chasteté pubère
Refoulée et émasculée ;

Ô concupiscence coupable,
Désir incestueux des consciences :
Dans  l’excitation inavouable
Nos cœurs s’ébranlent en tous les sens.

 

 
 



Du somnambule

Du somnambule
 
Ô toi! Sommeil engourdissant
L’esprit courbatu par l’effort :
Dans la foi en tes jugements
La cécité est ton confort ;

Tes désirs sont réalités
Et tes quêtes sont advenues
Dans l’horizon assermenté
Des certitudes parvenues ;

Le repos est ta condition
Et l’oisiveté la sueur
Fétide de tes réflexions,
Languissantes de fétu bonheur ;

Alibis et fausses apparences,
Brumisateur de vérité
Javellisé aux exigences
D’une existence aseptisée ;

Passé exempt de tout regret,
Récurant toutes les audaces,
Épongeant les moindres projets,
Essorant toutes les menaces ;

L’affirmation est conviction
Pour qui choisit de sommeiller
Les yeux clos dans l’abnégation :
Comme dans un rêve éveillé ;

Ô doux songe soporifique,
Exutoire aux vieux cauchemars,
Enchantement analgésique
D’un glauque quotidien épars ;

En ton dortoir le somnambule
Dans sa torpeur cherche l’issue,
Le dos tourné à la pendule,
Les bras tendus comme un vaincu.



Mère Nature

Mère Nature

Ô mère nature, divine souveraine :
C’est par la grâce de ta force que les êtres
Recouvrent leur humilité, tombant les chaines
De l’orgueil et de leur attachement aux sceptres ;

Tu n’as pas de préoccupation mercantile :
Séisme et déluge nous rappellent l’éphémère
Du beau et cette magnificence futile
Des palais dorés que tu disperses à la mer ;

Insouciante de ce qui peut les rendre fières,
Insensible à leurs ouvrages et à leurs chef-d’œuvres
Jusqu’à même ignorer leur présence sur terre,
Rien ne te résiste et n’entrave tes manœuvres ;

Indifférents à tes lois et tes fondements,
Dès qu’ils ont su aiguiser leurs intelligences
Et assouvis leurs besoins à ton détriment,
Tu les punis comme si tu criais vengeance ;

Tu démolis les talents et les inventions
Des constructeurs emportés par l’élan de batir,
Enorgueillis du génie de leur création,
Que la moindre bourrasque peut anéantir ;

Tous ont essayé de te dompter, mais en vain :
Chaque fois qu’ils ont dû relâcher leurs efforts
Tu as repris tes droits et suivi ton chemin
Comme si tu voulais préserver tes trésors ;

L’homme n’a pas retenu tes enseignements :
Il a cru que tu étais là pour le servir
Et qu’il pouvait toujours agir impunément
En étanchant ses plus archaïques désirs ;

Demain le charognard habitera nos ruines
Et viendra rogner les os de ses anciens maitres
Sur les tombes entr’ouvertes et peuplées de vermine :
Car trop tard il sera pour saisir ton mal-être.



Du verbe

Du verbe

Ô toi Dieu! Par le verbe ta création fut :
Le Tout est ton œuvre et sans toi rien n’a put être :
Tu éclairas tous les êtres pour leur salut
Et la lumière et nos esprits purent enfin naître ;

Trait d’union entre le Créateur et le monde
Assurant la cohérence de l’univers :
Tu fus la source primordiale et féconde
De la connaissance en illuminant la terre ;

Ô logos ! Éternelle luminosité
Efficiente d’une raison : par le discours
Divin, tu réconcilias la dualité
En transmutant l’infinie ténèbres en amour ;

Genèse qui mit fin au chaos ; alchimie
Chassant le néant, engendrant par le dialogue
Devenu chair, l’incarnation du fils génie  
 Qui glorifia la vérité dans un prologue ;
 
Mais le verbe s’est flétri dans le cœur des hommes :
Ton message est devenu logorrhée stérile
Et ton jardin ressemble à un capharnaüm
Où nos âmes déambulent dans l’infertile ;

Trahi par les mots quand les paroles s’envolent,
Excommunié par l’oubli des pensées qui meurent
En ces vaines homélies où les phrases somnolent,
La critique exsangue a perdue de sa lueur.
 

 



De l’aberration

De l’aberration

Ô toi profondeur de l’esprit !
Tu te construis un monde ombreux
Pour que l’être au jour, abêtit,
S’isole dans le ténébreux ;

Chaque nuit le sable y prospère
Dans la désolation stérile
 De l’hégémonie d’un désert  
Ne concédant rien au fertile ;

Lueur tu ne pénètreras
Pas les strates de l’ignorance
Que l’ineptie t’opposera
Dans sa quête de somnolence ;

C’est dans l’extatique mutisme,
Ce funeste assoupissement
Au tombeau des idéalismes,
Que fleuri l’endormissement ;

Qu’est-il arrivé aux idées
Pour qu’elles n’y aient plus leur nid,
Pour qu’elles aient ainsi déserté
Un cerveau livré à l’ennui ;

L’âme s’est tue dans l’aphasie
De cet ostracisme raison
Relégué dans la niaiserie
Du fléau qu’est la cognition ;

Ver tu as élu domicile
Au coeur du fruit de l’immortel
En pérénisant le futile
Au rang des sottises éternelles ;

Ô pathétique intelligence !
En perdition et titubante
Dans des pensées en flatulences
Et des réflexions aberrantes.

 



De l’éphémère

De l’éphémère

Ô toi ! Instant de l’éphémère,
Sublime de l’évanescent :
Ton avènement mortifère
A endeuillé l’être pensant ;

À peine as-tu franchi le seuil
Du vivant que tu revendiques
De t’en retourner au cercueil
Des évocations oniriques ;

Lueur affranchie de constance
Dans un infini circoncis
De défuntes réminiscences
D’une chronique ensevelie ;

Indélébile souvenir,
Moment volatil embaumé
De périssable devenir
Parfumé de fugacité ;

Éclair pétrifiant nos mémoires
Fragmentées d’éclats fugitifs
Et d’infructueux faux espoir
Mort au provisoire furtif ;

Soudaineté de l’imprévisible
Saillie, flash de l’effervescence,
Vain reflet de l’imperceptible
Immédiateté de l’essence ;

Insondable bonheur présent
Immolée par le temporel,
Incommensurable étincelle
Calcinée au feu du néant ;

Destin entaché de précaire
Face à un avenir instable
Fuyant un monde temporaire
Tout converti à l’immuable ;

 

 



Terre marécageuse

Terre marécageuse

Ô toi ! Terre marécageuse,
Nul ne s’approche impunément
De ton immensité fangeuse,
Sans sombrer dans l’envasement ;

Fontaine terreuse, insondable
Lie de l’amertume, breuvage
Sacré devenu imbuvable
Pour des coeurs exempts de cépage ;

Sédiment de l’ostentation
Que ces paroles qui s’enlisent
Dans d’obséquieuses séductions
Que la perfidie divinise ;

Que de promesses restées vaines
Dans les marais propice aux fièvres
Fallacieuses, comme une aubaine
Pour des serments devenus mièvres ;

Mare abyssale et croupissante :
Dans tes évasifs sentiments
Ta fidèlité est troublante
De sablonneux engagements ;

Vertu à jamais empêtré
En ces fonds mouvants qui égard
L’intègre restée embourbé
De moralité en retard ;

Action maculée de souillure,
Dans les eaux boueuses et captieuses :
Subrepticement tu rassures
Dans ta liturgie insidieuse ;

Ondes où se mirent les roseaux
Se courbant malgré leur raideur
Comme s’ils portaient leur fardeau
Au désespoir des saules en pleurs.



De l’indécent courage

De l’indécent courage

 Triste et pitoyable spectacle
Que nous offre le sursitaire :
Dans le déni de sa débâcle
Se démenant pour rester fière ;

Au comble de l’humiliation
Son attachement à la vie
Et cette indécente obsession
Pour rester quelqu’en soit le prix ;

S’inventant un dernier combat
Dans une lutte sans issue
Dont il nie tous les résultats,
Ne voulant s’avouer vaincu ;

Pareil au taureau dans l’arène,
Il veut apparaitre sans peur
Dans une ultime mise en scène
Où il périra en vainqueur ;

Expression vaine d’un orgueil
Pris de vertige face à l’abîme,
Sursaut du moribond au seuil
Du trépas s’accrochant aux cimes ;

La bravoure n’est-elle pas
Face à la mort de lui sourire ?
La dignité n’est-elle pas :
Se résigner sans s’accroupir ?

Que d’agitation convulsive
Ont été prise pour du courage,
Que de résolution passive
Ont terni les plus belles images ;

Quel pleutre acharnement pour vivre
Dans la lâcheté inavouée,
D’un vaniteux qui veut poursuivre
Son rêve d’immortalité.



Chronique d’une vie

Chronique d’une vie

Ô vie ! Mon cœur baigné par l’amour est aride
Et les chances de trouver une source sont vides
D’espoir ; Je ne vois la marque d’aucun sillon,
De ride creusé par la commisération ;

J’ai cru que guider par l’ivresse de la jeunesse
Mon destin n’aurait pas à souffrir des bassesses,
Que je saurais résister au vent de l’envie
Qui anime les hommes et qui les avilit ;

Lorsque je me suis abandonné aux plaisirs
Et que j’ai pu assouvir enfin mes désirs,
Je n’ai éprouvé que mince satisfaction
Regrettant mes chimères et leur consolation ;

Derrière la cupidité du vaniteux
J’ai cherché désespérément un homme heureux,
Mais je n’ai découvert que la misère humaine
Et son long cortège de malheur et de peine ;

J’ai écouté ce qui se cache sous les mots
Je n’ai découvert que la détresse des maux,
Le morbide envahir le fond des esprits sains
Dans l’inconsolable contrition du chagrin ;

J’ai compris l’âpreté de ton enseignement
Aux idées que j’ai conduites à l’enterrement,
De tous mes idéaux que j’ai dû sacrifier
Sur l’autel de l’impérieuse réalité ;

La noble réflexion je ne l’ai jamais eu
Et lorsque j’ai du l’imiter je n’ai pas pu :
Je n’ai connu que les affres de l’expérience
Et tous les regrets de l’impulsive indigence.

Mais il est tard pour que je saisisse ton mystère :
Chaque découverte m’apparait plus amère
Et l’émerveillement toujours plus péremptoire ;
Au seuil de la vieillesse j’aspire au reposoir.



De la morale

De la morale

Ô morale ! Parfum de vertu,
 Effluve de bromure flétri :
Dans le jardin de mes envies
Le  fruit tu me l’as défendu ;

Tu es l’universalité
Des accords, l’unisson des cœurs ;
Concorde abusée par les leurres
Et les jeux de la fausseté ;

Âme de l’apôtre arbitraire
En chaque conscience où tu sièges
Tu réinventes les arpèges
Du remords en un chant amer ;

Tu nous fais baisser le regard
En nous imposant ta censure
Sur les beautés de la nature :
Dans l’interdit de l’avatar ;

Chantre des psaumes du devoir,
Carcan de l’asservissement
Justifiant tous les châtiments :
Dans le sacrifice expiatoire ;

Dogme érigeant les échafauds
Tu es l’alibi de nos crimes,
Tu amnisties et tu réprimes
Au gré de l’humeur des drapeaux ;

 Tu es garde fou, ce surmoi
Qui scrute toutes nos actions
En refoulant l’approbation
 Dans l’inhibition de l’émoi ;

Vérité dans les intérêts
Des uns, instrument du malheur
Quand tu achètes le bonheur
Des autres, en fossoyeur du vrai.



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